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Un roman une playlist

1. Elle fuit

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Burn burn, burn brightly Burn burn, burn white heat _____________Killing Joke Le vent s ’était remis à souffler. Dehors, les nuages avaient éteint une à une les rares étoiles qui brillaient ce soir-là. La chaleur des bourrasques violentes de l’été avait vidé les rues. Dans l’appartement, tout était éteint et silencieux. Chaque mouvement, choc ou…

Burn burn, burn brightly

Burn burn, burn white heat

_____________Killing Joke

Le vent s ’était remis à souffler. Dehors, les nuages avaient éteint une à une les rares étoiles qui brillaient ce soir-là. La chaleur des bourrasques violentes de l’été avait vidé les rues. Dans l’appartement, tout était éteint et silencieux. Chaque mouvement, choc ou chute, était amorti par la moquette qui avait été rose autrefois. Une photo encadrée avec deux fillettes aux sourires timides était posée entre les bibelots inutiles d’une desserte poussiéreuse. Depuis un autre cadre, leur maman les couvait des yeux, tandis que le père regardait l’objectif, moustache satisfaite. Une table rectangulaire, taillée dans un bois sombre, trônait avec ses six chaises au centre droit du salon, pas loin de l’entrée de la cuisine où elle se tenait.

Tremblante, elle agrippait encore le CZ P-10 pointé droit devant elle. L ’homme ventru qui lui faisait face quelques secondes auparavant avait tendu devant lui les mains, paumes en avant, les yeux fermés dans un refus lorsqu’il avait compris qu’elle avait vraiment tiré. Mais, la vaine protection de ses grosses paluches s’était envolée, et ses bras, désarticulés par la fulgurance de l’impact, avaient balayé le ciel dans une pantomime pathétique. Le corps percuté en pleine poitrine avait fléchi et pivoté sur lui même avant d ’aller s’abattre au sol, face contre terre. Autour des poings inertes, éployés sous son thorax, une tache rouge rubis s’étendait, contaminant par capillarité chaque fibre de la moquette ternie.

Elle avait tiré. L ’adrénaline parcourut son corps de frémissements odieux, la soulevant à partir du bas ventre. Les jambes coupées. Son cœur , gourd d’un affolement irrépressible, battait depuis la racine de ses cheveux jusque dans le flux de ses bras encore tendus dans l’espace. Elle prit enfin conscience du tic-tac de la pendule au-dessus du buffet en formica. Celle-ci indiquait 20 h 10. Le vent s’était remis à souffler et il fallait courir maintenant. C’était fini et tout allait s ’enchaîner. Elle l’avait fait. Contre ses tempes, ses oreilles, un sang révolté venait cogner à un rythme intenable.

Elle attrapa fébrilement le sac à dos pour y cacher le flingue. Ses mains gantées tentaient confusément d’en refermer le zip malgré la panique. Elle balança le fourre-tout sur le cuir de son épaule, attrapant déjà les clefs de la voiture dans la poche de sa veste cintrée. Ouvrir cette porte. Fermer cette porte pour la dernière fois. Dévaler les escaliers. Sortir dans la nuit éclairée par les lampadaires aux lumières jaunâtres. Marcher vers la voiture. Démarrer discrètement.

Elle l ’avait tué. Les molécules de l’épinéphrine balançaient encore leurs décharges malsaines jusqu’à irradier tout son front . Ses pupilles écarquillées, se sentaient agressées par les rares lumières de l’impasse. Sa voiture quitta le trottoir bordé d’arbres secs qui venaient dépecer le ciel rose et noir d ’une multitude de branches racornies et fusiformes.

Toujours ce battement assourdissant. Par où commencer ? Aucune planque ne l’attendait à l’étranger. Et de toute façon, maintenant que c’était fait, elle pouvait bien mourir. N on, pas tout de suite. Il fallait d’abord se débarrasser de l’arme, et reprendre une vie normale jusqu’à l’ultime rendez-vous. Le 28 juillet.

Elle se mit à pleurer et taper nerveusement sur le volant, désemparée de ne ressentir aucunement l’hilarité qu’elle avait pensé obtenir de sa vengeance. Quel connard ! Tout ce qu ’elle ressentait tenait de l ’état d’abjection qu’on endure après un orgasme honteux. Elle tremblait.

Malgré l’agitation de ses mains, elle activa le clignotant en arrivant au feu vert et inspira profondément pour recouvrer ses esprits. Elle savait ce qui lui restait à faire.

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